Version Mobile
bientôt disponible

Lexidapper

  • A
  • B
  • C
  • D
  • E
  • F
  • G
  • H
  • I
  • J
  • K
  • L
  • M
  • N
  • O
  • P
  • Q
  • R
  • S
  • T
  • U
  • V
  • W
  • X
  • Y
  • Z

    Masques ngil

    [--> , ]

    partager

    Peu d’exemplaires de masques ngil sont parvenus jusqu’à nous. L’une des œuvres les plus anciennement connues est conservée dans les collections du Denver Art Museum aux États-Unis ; elle a été collectée au Gabon dans la région de l’estuaire en 1890 par Albert L. Bennet. D’autres pièces furent rapportées par des voyageurs allemands dans les années 1900.

    Quel était le rôle de ces masques ?

    On dispose d’informations fragmentaires sur les activités du ngil, société à caractère judiciaire. Ayant à leur tête le ngang, le maître de la confrérie, les « justiciers » parcouraient les villages pour débusquer les fauteurs de troubles parmi lesquels figuraient des individus soupçonnés de sorcellerie. Ceux qui étaient jugés coupables étaient fréquemment exécutés.

    Dissimulés derrière leur masque, les initiés faisaient preuve de violence. Sous couvert de rendre la justice, les hommes du ngil tiraient profit à titre personnel de leurs missions punitives. C’est ce qu’avait constaté, en 1899, le révérend père Henri Trilles. S’attachant à mettre en garde les nouveaux convertis contre des pratiques considérées comme démoniaques, le prêtre avait pu assister à des interventions du masque : « Ngil nous ennuya […] terriblement. […] Nourri grassement, comblé de cadeaux et de victuailles, Ngil […] ne se pressait guère de trouver le coupable qu’il était venu chercher. Il occupait d’ailleurs ses loisirs à imposer de nombreuses amendes, car lorsqu’il est présent au village, quantité de choses deviennent interdites, à moins de payer. »1

    Quelques années plus tard, Günter Tessmann mentionnait les sorties du ngil comme étant liées à un « rite du feu purificateur symbolisé par le gorille », animal incarnant la force et la brutalité2. Les candidats voulant faire partie de cette sorte de milice devaient franchir des grades successifs. L’initiation durait plusieurs jours et se déroulait en forêt. Certains rituels confrontaient les novices à des actes violents : on leur assenait des coups sur les membres, on les terrorisait en approchant un couteau de leur visage, et ils subissaient bien d’autres sévices3. L’une des cérémonies les plus importantes était organisée autour de gigantesques figures couchées. Sur ces sortes d’autels édifiés soit en plein air, soit dans de longs abris – sous lesquels les initiés devaient ramper –, on mettait principalement des plantes, des plumes et des cornes d’antilope en guise d’offrandes. Des os humains étaient également placés à proximité de ces gisants informes, parfois décorés de signes géométriques de couleur blanche ou rouge. Il est à noter, par ailleurs, que le maître du ngil, avant d’entreprendre les rites préalables à une mission, demandait au commanditaire (chef de village désireux de connaître les causes d’une épidémie, chef de clan soucieux de découvrir les raisons d’un décès et le nom du ou des responsables…) de lui fournir des ossements, crâne, fémur ou tibia, d’un individu ayant subi une mort violente, restes contenant encore une partie de la force des défunts.

    La puissance du ngil n’avait certainement pas été perçue dans toute son ampleur par Tessmann qui aurait assisté à des séances organisées spécialement pour lui, comme le suppose l’ethnologue Philippe Laburthe-Tolra4. Celui-ci voit dans les exactions menées par ce masque « une forme locale de l’inquisition, avec ses menaces et ses atrocités pour arracher des aveux parmi des tortures cruelles […], à tous les malheureux suspects de sorcellerie »5.

    Afin d’endiguer la terreur semée par les hommes du ngil, les autorités coloniales interdirent leurs interventions vers 1910. Elles se transformèrent progressivement avant de disparaître. Ce qui mit un terme à la création des instruments de cette institution.

    1.  H. Trilles, 1912, p. 182-183.
    2. G. Tessmann, 1991, p. 268.
    3. Id., ibid., p. 270.
    4. Id., ibid., p. 271.
    5. Id., ibid., p. 269.

    En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer une navigation adaptée à votre recherche et l'utilisation de fonctionnalités personnalisées.

    /