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    Masques blancs

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    Collecté par Robert Bruce Napoléon Walker, commerçant et explorateur, en 1867 dans la région des Vili de la basse Ngounié, le plus ancien « masque blanc » connu est conservé au Pitt Rivers Museum de l’Université d’Oxford. Donnée au musée en 1884, cette œuvre fut publiée pour la première fois en 1898 par Leo Frobenius. Puis des artistes européens s’intéressèrent, eux aussi, à ces masques, à l’instar de Picasso qui dès 1910 en possédait un dans son atelier. Deux ans plus tard, on découvre dans l’Almanach du Blaue Reiter publié par Vassili Kandinsky et Franz Marc un « masque chinois » illustrant un article d’August Macke. Cette pièce provenant du Gabon avait été montrée à l’Exposition universelle organisée en 1889, puis elle fut acquise par l’Historisches Museum de Berne.

    Les « masques blancs » ont d’abord été attribués aux Mpongwe. Ceux-ci vivant dans la région de Libreville furent les premiers à vendre des spécimens avec bien d’autres artefacts et marchandises diverses destinés au marché occidental. En réalité, ces masques, qui interviennent chez divers peuples occupant des territoires s’étendant du nord de Lambaréné aux sources de la Ngounié jusqu’aux confins du Mayombe au sud, présentent de telles proximités stylistiques qu’il est souvent difficile d’attribuer à telle ou telle pièce une origine précise. En effet, comme le soulignent Louis Perrois et Charlotte Grand-Dufaye, ces objets sont utilisés au sein d’un vaste ensemble qui comprend les Shira, les Pinzi, les Nkomi, les Punu, les Lumbu, les Sangu, les Nzebi, les Tsanghi1

    Ces masques participaient autrefois à des rites qui, relatifs aux funérailles, aux levées de deuil, à la naissance de jumeaux et à l’initiation d’adolescents, réunissaient, à ces occasions, des membres d’un clan ou d’un lignage. La couleur blanche, due au kaolin appelé pembé, est liée au monde de l’au-delà ; elle est largement utilisée partout au Gabon lors de différents rituels. Selon André Raponda-Walker et Roger Sillans, cette matière composée de terre argileuse aurait été mélangée dans les temps anciens à des « brisures pulvérisées » d’os humains2.

    Les yeux mi-clos sont également caractéristiques de ce type de masque qui incarne l’esprit d’un ancêtre féminin et avait ainsi « pour fonction […] de relier les vivants aux morts, avec un rôle de captation des forces occultes de ces derniers ».

    Les masques étaient portés uniquement par des hommes membres du mwiri. Cette confrérie commune à plusieurs peuples était très active chez les Punu. Elle devait veiller au respect des règles sociales, à la propreté des espaces communautaires, au comportement moral des habitants et à punir tout manquement.

    Après avoir franchi les étapes initiatiques au cours desquelles ils étaient formés à leur future vie d’homme en apprenant le travail de la terre, les techniques de chasse, mais aussi en découvrant la sexualité, les jeunes garçons voyaient inscrire dans leur chair la marque de leur intégration : sur le bras gauche, un signe particulier, une sorte de V ou d’oméga renversé et, sur le poignet, un autre représentant « une des écailles de l’animal symbolique du mwiri, le caïman qui “avalait” quiconque osait violer les lois et les secrets »3. Il est intéressant de relever que ce même motif est très proche du dessin formé par les scarifications qui ornent le front et les tempes de certains masques punu4. Des auteurs ont vu dans ces marques tégumentaires – elles sont le plus souvent constituées par quatre, neuf ou douze écailles – un symbole des chemins qu’ils auraient empruntés lors de leurs migrations.5

    1. L. Perrois et C. Grand-Dufay, Punu, Milan, 5 Continents, 2008, p. 8.
    2. A. RapondaWalker et R. Sillans, Rites et croyances des peuples du Gabon. Essai sur les pratiques religieuses d’autrefois et d’aujourd’hui., 1962, p. 59.
    3. M. Koumba-Manfoumbi, Les Punu du Gabon, des origines à 1899, 1987, t. 2, p. 175.
    4. L. Perrois et C. Grand-Dufay, Punu, Milan, 5 Continents, 2008, p. 42.
    5. L. Perrois, Arts du Gabon : Les Arts plastiques du Bassin de l’Ogooué, 1979.

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