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Jeux de couleurs dans les arts africains anciens

  • Date

    04 . 11 . 20

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Omniprésents dans la vie de nombreux peuples de l’Afrique subsaharienne, les masques, les figures et autres objets cultuels, ne sont pas laissés bruts après avoir été sculptés. Leurs formes, naturalistes, expressionnistes ou géométriques sont valorisées par la présence d’une ou de plusieurs couleurs dominantes. Ce sont principalement le noir, le brun, le blanc, le rouge et le jaune, obtenus essentiellement à partir de pigments minéraux, végétaux ou provenant de substances animales.

Partie #1 : Les couleurs de la spiritualité

Les « masques blancs » des peuples du bassin de l’Ogooué (Gabon) – ceux des Punu et Lumbu étant les plus connus – constituent un exemple incontournable du rôle symbolique et esthétique de la couleur dans les arts africains anciens.

Les masques du mukuyi ou okuyi, dont le répertoire de styles est très large, partagent la même caractéristique : ils présentent un visage enduit de kaolin, argile blanche, dont l’aspect fantomatique est atténué parfois par un large front lisse et rouge (n°1), ou orné de scarifications peintes d’ocre-rouge ou de brun comme le sont les motifs sur les tempes et la coiffure sophistiquée, une sorte de chignon relevé au sommet de la tête (n°2).

Le blanc est la couleur des esprits, des ancêtres. Ceux-ci s’incarnent dans les masques qui dansent et reviennent visiter les vivants lors de cérémonies initiatiques ou funéraires.

Chez les Kuba (République démocratique du Congo) le masque heaume appelé bwoom qui est porté par les rois lors de leur intronisation, puis à l’occasion de cérémonies essentielles à la vie du royaume, impressionne par sa facture. Imposant, à l’instar de l’œuvre reproduite ici (n°3), le bwoom peut mêler divers matériaux fixés sur le bois teinté à l’aide de pigments, noirs, ocres et blancs. De petits morceaux d’alliages cuivreux dessinent la bouche et les pommettes, des fibres végétales soulignent le pourtour du menton et accentue la protubérance du crâne. Les Kuba possèdent d’autres types de masques entièrement recouverts de perles de couleur auxquels s’ajoutent fréquemment des cauris.

L’art du perlage permet de subtils jeux de couleurs qui contribuent à renforcer le pouvoir de certains objets.

Les perles, autrefois très prisées en Afrique subsaharienne – on sait leur importance comme monnaie d’échange liée à l’esclavage des Noirs entre la fin du XVe siècle et le XIXe siècles, étaient fréquemment utilisées pour la création de parures prestigieuses. Les Yoruba (Nigeria) ont réalisé d’étonnantes coiffes masquant la totalité du visage de l’oba, le roi, lorsque celui-ci sortait en public, et de plus petits couvre-chefs portés pour un usage quotidien (n°4). Ces dernières parures mêlent des composantes stylistiques européennes et yoruba. En effet, la forme générale de l’objet rappelle celle de la mitre des évêques de l’Église catholique tandis que la présence des oiseaux appartient à l’iconographie yoruba. La coiffe entièrement faite d’un tissage serré de perles d’un rouge sombre est décorée sur le pourtour de plusieurs oisillons de même couleur. Sur le sommet de la parure, un oiseau multicolore est perché et se détache de l’ensemble. Cet animal assure la protection de la tête du propriétaire de la coiffe, la tête étant le principal réceptacle de la force spirituelle qui contrôle l’ase, l’énergie vitale d’un individu.

Christiane Falgayrettes-Leveau

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