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Jean-Michel Basquiat

  • Date

    17 . 10 . 18

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Les figures de la colère

Les œuvres de Jean-Michel Basquiat bousculent et troublent les repères. Elles nous interpellent fortement.
Que nous disent-elles ?
D’un dessin, d’une peinture à l’autre, l’Amérique des années 1980 se raconte ; blessée par les heurts meurtriers entre Blancs et Noirs, dus aux discriminations raciales, une société révèle sa violence.

Basquiat exprime sa colère d’abord dans la rue : à seize ans, il couvre de graffitis les murs de bâtiments de New York. Avec l’un de ses amis de collège, ils signent ensemble SAMO©, raccourci de l’expression « same old shit » (toujours la même merde). Puis l’artiste expose dans des galeries : son style anticonformiste, transgressif s’affirme et séduit des amateurs d’art de plus en plus nombreux. À vingt-deux ans, Basquiat connaît le succès et jouit très vite d’une renommée internationale.

L’artiste réalise des œuvres avec Andy Warhol, figure emblématique du pop art, et devient lui aussi une icône de la contre-culture qui a contribué à renouveler l’art du XXe siècle.
Prolifique, Basquiat produit de 1980 à 1988 des milliers d’œuvres sur papier, carton, toile, bois… Ces supports sont travaillés de façon frénétique : appliquées en aplat ou en coulée, les couleurs vives se superposent ou s’effacent partiellement sous l’effet du grattage. Des signes – tracés directement ou collés – constituent des éléments récurrents, hachures, biffures, zigzags, flèches, mots, qui se juxtaposent ou se recouvrent, allant même souvent jusqu’à saturer le fond. Des phrases entières ou des bribes se détachent en messages lisibles tandis que d’autres textes forment des sortes de rébus à décoder par des initiés.

Un père haïtien, une mère portoricaine ont transmis à l’artiste une part de leur héritage africain qui nourrit son inspiration. La question de l’identité est au centre des productions de Basquiat. Celles-ci parlent de mémoire, tel El gran Espectaculo (History of Black People) ; elles construisent des images du « Noir » qui se répondent. Ainsi, les lignes de force d’une composition peuvent être constituées par un corps déstructuré (Self-portrait), par une tête-trophée (King of the Zulus) ou par les quelques traits épurés d’un dessin (Cassius Clay).
Basquiat puise à de multiples sources : des visages volumineux, inquiétants empruntent la forme d’un masque. Mâchoires puissantes, yeux exorbités, bouche en forme de grillage. La parole est absente, confisquée, seul le cri peut jaillir.

Sont également interrogées, détournées, les œuvres de grands maîtres classiques, à commencer par celles de Léonard de Vinci. Ainsi, Basquiat transforme le visage serein et énigmatique de Mona Lisa en masque effrayant. Une autre œuvre de Basquiat, particulièrement forte, emprunte, elle aussi, son sujet à un dessin de Vinci : un écorché chevauche un squelette. Ce thème classique a inspiré d’autres artistes, dont Dürer et Rembrandt. Riding with Death de Basquiat est extrêmement troublant. Le personnage au corps rouge semble appartenir à un univers lointain, peut-être celui où se trouvent les loas. Ces esprits du vodu, religion née au Togo et au Bénin et qui a accompagné les esclaves sur les terres de l’exil, chevauchent les fidèles qu’ils ont choisis. Riding with Death a été réalisée par Basquiat en 1988, l’année de son ultime traversée de l’autre monde. Il avait vingt-sept ans.

 

Christiane Falgayrettes-Leveau

 

Jean-Michel Basquiat
Exposition à découvrir à la Fondation Louis Vuitton jusqu’au 14 janvier 2019
Suzanne Pagé, commissaire général
Dieter Buchhart, commissaire invité.

 

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