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Bisa Butler : Portraits

  • Date

    17 . 09 . 20

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À travers ses portraits mêlant étoffes à l’identité africaine et tissus occidentaux, Bisa Butler célèbre avec fierté la vie
afro-américaine. 

Dès le premier coup d’œil, les tableaux de Bisa Butler frappent par leur mélange de couleurs vives. Ce n’est qu’en se rapprochant de l’un d’entre eux que l’on découvre avec étonnement qu’aucune touche de peinture n’y a été appliquée : la totalité des portraits de l’artiste qui célèbre la vie noire sont réalisés à partir de morceaux de tissu.
Bisa Butler utilise le wax et le shweshwe1, pour leurs couleurs et leur lien historique avec l’Afrique où son père ghanéen a grandi, mais pas seulement. Née d’une mère afro-américaine et élevée aux Etats-Unis, elle affectionne également les tissus occidentaux comme la soie ou le denim.

Indiscutablement, les origines de Bisa Butler, l’Afrique, son héritage et son histoire constituent une source d’inspiration inépuisable pour l’artiste. Si Bisa Butler rend parfois hommage à des personnalités noires tels Nina Simone, Jean-Michel Basquiat ou Malcolm X, la majorité de son Œuvre est constituée de représentations d’anonymes, dont les visages, les postures, sont tirés d’images d’archives publiques.
En filigrane de ses réalisations textiles, l’artiste œuvre pour représenter sa communauté avec dignité. Loin des images parfois négatives et stéréotypées des personnes noires relayées par certains médias, Bisa Butler a à cœur de « raconter de vraies histoires2 », ou plutôt sa perception d’une histoire individuelle, à partir d’une simple photographie. Elle restitue ainsi une histoire collective, celle de milliers d’Afro-américains.

Dans les tableaux de Bisa Butler, les individus sont fiers, les familles ou les couples noirs sont aimants et soudés.
Ici, la veste d’un homme sera taillée dans l’imprimé wax ABC pour suggérer l’érudition de celui qui la porte ; là, la jupe d’une petite fille sera parsemée d’un wax représentant des vélos en référence à l’insouciance de l’enfance.

Avec Broom Jumpers (2019), à partir d’un cliché ayant bravé le temps, l’artiste redonne de la superbe à un couple d’anciens esclaves le jour de leur mariage. Elle les pare de tenues de fête colorées et les fait poser devant un fond en mousseline de soie, dénotant la richesse et l’opulence.

 

© Courtesy Claire Oliver Gallery, New York.

 

Sur ses toiles, Bisa Butler ne restitue pas la véritable couleur de peau supposée3 de ses modèles. Ses visages sont bleus, violets ou jaunes, comme pour marquer son éloignement des classifications par nuances de couleur de peau au sein même des populations noires instaurées durant l’esclavage et qui marquent toujours fortement la société actuelle.

Si Bisa Butler est passionnée par l’histoire et le passé, il lui arrive parfois de représenter ses contemporains. Dans One Vote Can Change the World (2008), plutôt que de rendre frontalement hommage à Barack Obama, Bisa Butler choisit de représenter des citoyens faisant la queue pour élire le futur président Obama. Elle fait ainsi honneur aux milliers d’américains de toute condition et origine s’étant mobilisés pour participer à cette élection historique pour les Afro-américains et, plus largement, pour l’Amérique tout entière.

 

© Courtesy Claire Oliver Gallery, New York.

 

De façon ponctuelle, l’artiste revient parfois également à ses premières inspirations : les membres de sa famille, dont elle a utilisé les clichés avant de privilégier les portraits d’anonymes. Le tableau Dr. Zachary Yamba (2010) rend hommage à son père et célèbre son héritage culturel ghanéen. L’homme est représenté couronné d’étoiles, de lunes et de diamants en référence aux couronnes traditionnellement portées par les chefs asante. Le fond de l’œuvre est réalisé à partir de kente, un tissu de soie et de coton historiquement porté par les rois et dignitaires akan.

 

© Courtesy Claire Oliver Gallery, New York.

On l’aura compris, Bisa Butler met en lumière l’héritage culturel et l’histoire, parfois/souvent douloureuse, des Afro-américains pour célébrer l’identité noire avec fierté et positivité.
En cette période où le mouvement Black Lives Matter gagne en ampleur, l’engagement de Bisa Butler revêt tout son sens.

Aude Leveau Mac Elhone

 

 

Exposition « Bisa Butler: Portraits » au Katonah Museum jusqu’au 4 octobre 2020 puis à l’Art Institute of Chicago jusqu’au 19 avril 2021.
Visite virtuelle disponible sur le site de l’institution.

 


 

1 Tissu de coton teint porté en Afrique du Sud
2  « Telling true stories »
3  La majorité des photographies sont antérieures à 1940 et sont donc en noir et blanc

 

Photographie de couverture : Bisa Butler devant l’œuvre Black Star Family (First Class Tickets to Liberia) à la galerie Claire Oliver en 2019 © Justin Barbin.

 

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