Spectacles

Regards sur l'esclavage

Festival de cinéma

Du 10 au 13 mai 2006

 

A l'occasion de la première journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage le 10 mai 2006, RFI organise un festival de cinéma intitulé :
« Regards sur l'esclavage ».

En partenariat avec le musée Dapper, l'Association Racines et avec le soutien de la mairie de Paris.

Amnésie et traces

L'amnésie, par rapport à la traite, a longtemps laissé un manque troublant dans l'oeuvre des cinéastes africains, comme dans celle des cinéastes français.
On relève quelques allusions dans des longs métrages comme Réou Takh (1972) du Sénégalais Mahama Johnson Traoré, Ceddo (1977) du Sénégalais Ousmane Sembène, West Indies (1979) de Med Hondo, originaire de Mauritanie.
Les fantômes de la traite semblent incarnés dans deux places fortes mythiques: Accra et Gorée. Accra, le fort de la capitale du Ghana, a été évoqué dans Héritage (1997) du Ghanéen John Akomfrah. Quant à l'île de Gorée, au Sénégal, premier comptoir français au XVIIe siècle, elle figure dans quelques films : Hyènes du Sénégalais Djibril Diop Mambety, Waalo Fendo de l'Algérien Mohamed Soudani, L'Africaine d'Amérique de l'Ivoirien Diabi Diakité, Asientos du Camerounais François Woukouache (1998), et plus récemment dans Little Sénégal (2003) de l'Algérien Rachid Bouchareb.
Mais on notera qu'il s'agit de films qui évoquent surtout les conséquences de la traite et la dispersion du peuple noir, plutôt que la traite elle-même.

Rares également, les films tournés par les cinéastes antillais, en dehors de Rue Case Nègres (1983) d'Euzhane Palcy, qui raconte la vie dans les plantations au début du XXe siècle, d'après un livre de Joseph Zobel, là encore un film sur les conséquences plutôt que sur la traite elle-même, tout comme Code Noir (1991) de Tony Coco Villoin qui raconte dans un court métrage les conséquences du Code Noir qui régissait la vie des esclaves, ou encore Sucre Amer de Christian Lara (2002) qui raconte l'histoire d'Ignace, esclave affranchi devenu commandant de l'armée française et accusé de haute trahison pour avoir combattu l'armée de Bonaparte qui venait de rétablir l'esclavage aboli par la Convention.

Pour ces cinéastes, le retour à l'Histoire est l'occasion d'un règlement de comptes à la fois physique, narratif et poétique avec la période de l'esclavage.
Car aujourd'hui les indices de la traite sont presque effacés de la vie africaine, a fortiori de la vie occidentale, qui consume les résidus de sa mauvaise conscience.

L'amnésie générale a été cultivée aussi bien par l'Occident que par l'Afrique, où l'on préfère les souvenirs d'un passé plus glorieux et épique.
Les alternatives à la mémoire africaine semblent peu utiles : Amistad de Stephen Spielberg sert de cas de figure. Ce genre d'histoire fonctionne sur la fabrication d'une « autre » mémoire, en esquivant les tourments de la traite et son rôle destructeur sur des générations d'Africains. Sa « re-vision » de l'esclavage est d'abord faite pour construire une mémoire de l'histoire américaine.

La réaction des cinéastes noirs en Amérique, aux Antilles, en Europe et surtout en Afrique, pour regarder autrement l'histoire n'en est que plus nécessaire.
Histoire de s'affranchir des blessures de l'esclavage pour en relire les distorsions à travers celle que suppose le cinéma.

La traite, relecture de l'histoire

Le temps et le recul sont favorables aujourd'hui à la relecture de l'histoire.
La volonté de récupérer les images du passé et leurs traces, pour les projeter dans un futur à construire, légitime l'engagement des cinéastes africains et antillais à « re-traiter » la traite et à faire pendant aux productions américaines.

Ce n'est cependant qu'en 2000 que l'Ivoirien Roger Gnoan M'bala a pu terminer Adanggaman, fiction sur les exactions des négriers, confortés par les Africains eux-mêmes, au coeur du continent; une des premières fictions sur le sujet, entièrement tournée sur le continent, tout comme Sankofa (1999) de l'Éthiopien-Américain Haïlé Gerima.

Des films comme Adanggaman de Roger Gnoan M'Bala ou Le Courage des Autres du Français Christian Richard, produit et tourné au Burkina Faso en 1982, nous font dépasser les seuls lieux de mémoire pour nous entraîner dans les brousses et les royaumes africains, là où sévissaient les fameuses amazones et les esclavagistes.
Car, pour réveiller ce passé enfoui, il faut traquer la mémoire, soulever le voile de l'oubli, comme l'a fait l'Ivoirien Kitia Touré, en 1994 avec le documentaire Nantes archéologie de la mémoire, ou encore Irène Lichtenstein dans An Alé, 1990, film haïtien de douleur et de réconciliation, dialogue de mémoire à mémoire entre Haïtiens et Sénégalais.

Côté antillais, un des seuls films racontant la déportation de millions d'africains vers le Nouveau Monde, est le très beau Passage du Milieu du Martiniquais Guy Deslauriers ; à l'instar de Tamango, réalisé par John Berry, adapté de Prosper Mérimée, interprété en 1957 par Curd Jurgens, Dorothy Dandridge, et une pléiade de jeunes acteurs africains, c'est un des seuls films importants traitant des révoltes des esclaves sur les bateaux négriers, révoltes pourtant incessantes et qui ont transformé l'océan Atlantique en plus grand cimetière du monde.

Côté français, Paul Vecchiali dans Victor Schoelcher (1998) évoque, lui, la lutte contre la traite négrière et l'abolition de l'esclavage à travers le combat de Schoelcher.

 

Regards sur l'esclavage

Autour du 10 mai et de la commémoration de l'abolition de l'esclavage

 

Des regards croisés entre cinéastes antillais, caribéens, africains, et français.
Un voyage sur les routes de la « traite », accompagné de débats avec des cinéastes, des historiens, des psychanalystes, des économistes…

Chaque projection est suivie d'un débat animé par Catherine Ruelle (RFI).

Mercredi 10 mai à 20 h 30La traite

Nantes, archéologie de la mémoire
Un documentaire de Kitia Touré, France, 1994, 20 min.

En 1994, l'Ivoirien Kitia Touré profite d'une commande de la chaîne franco-allemande ARTE pour s'intéresser aux traces de l'esclavage dans une ville occidentale. C'est Nantes, archéologie de la mémoire, un court-métrage documentaire basé sur une exposition autour de la traite, organisée à Nantes.

Le Passage du milieu
Un film de Guy Deslauriers, France, 1999, 85 min.

Un bateau négrier européen, avec à son bord des centaines de captifs, quitte le Sénégal. Des hommes, des femmes, des enfants, arrachés à leur village, se retrouvent enferrés et empilés dans des soutes obscures. Durant les 18 semaines de la traversée en plein océan, les futurs esclaves vivront catastrophes, désespoirs et héroïsmes.

Dédié à l'Afrique crucifiée comme aux esclaves d'aujourd'hui, le scénario, signé par Claude Chonville et Patrick Chamoiseau est une magnifique et essentielle contribution au travail de mémoire.

 

Jeudi 11 mai, à 20 h 30 – Regard sur la traite

 

Adanggaman
Un film de Roger Gnoan M'Bala. Côte d'Ivoire, 2000, 95 min.
Avec Rasmane Ouedraogo, Albertine N'guessan, Bintou Bakayoko.

Au XVIIe siècle, un village du golfe de Guinée est terrorisé par Adanggaman, roi cruel et tyran esclavagiste qui échange des prisonniers contre des armes et des produits européens. Ossei, ne pouvant épouser la femme qu'il aime, refuse le mariage arrangé par sa famille et s'enfuit. Pendant son absence, le village est ravagé par une attaque d'Adanggaman…

Rencontre avec l'équipe du film


Vendredi 12 mai à 20 h – Esclavage et conséquences modernes

An Alè
Un film de Irène Lichtenstein, Suisse, Sénégal, 1990, 70 min.
Avec Toto Bissainthe, Issa Sam, Samba Diabaré Samb, Aminta Fall, Moussa Ngom, Alfa Wally Diallo, Vieux Seng Faye, Ma Penda Sarr.

Toto Bissainthe, grande artiste haïtienne hantée par la déportation de ses aïeux, a beaucoup chanté ses origines en Afrique. Le film lui fait rencontrer, au Sénégal, des dépositaires de la mémoire, griots, conteurs, peintres, musiciens. Pour un dialogue de mémoire à mémoire, à travers les mots, la musique, la danse…

Rencontre avec le collectif « 2004 Images » et l'équipe du film

 

La Noire de…
Réalisation : Ousmane Sembène
Sénégal, 1966, 65 min., fiction
Avec Thérèse M'Bissine Diop, Anne-Marie Jelinek, Robert Fontaine,Modu Nar Sene, Ousmane Sembène

À Dakar, Diouana est engagée par un couple de bourgeois blancs. Elle est chargée de s'occuper des enfants, une responsabilité qui la fait prendre en considération par ses pairs. Pour la remercier de cette situation confortable, Diouana offre un masque traditionnel à sa patronne. À la demande de ses employeurs, elle accepte de les accompagner à Antibes pour les vacances. En France, les choses changent. Diouana est peu à peu réduite à la servitude, sans aucun jour de repos...

En présence de Thérèse M'Bissine Diop


Samedi 13 mai – Traite et abolition,

à 18 h

Le Courage des autres ou Gandaogo
Réalisation : Christian Richard, Fiction Burkina Faso France, 1982, 92 min.
Avec Sotigui Kouyaté, Baba Kouyaté, Amadou Banou

Au début du siècle dernier, quelque part en Afrique, une trentaine d'hommes et de femmes sont capturés dans un marché de brousse, attaqué par des cavaliers esclavagistes. Grâce à sa force spirituelle, l'un d'eux (Sotigui Kouyaté) va aider les esclaves à se révolter.

 

à 20 h 30 :

Victor Schoelcher
Un film de Paul Vecchiali, France, 1998, 90 min.
Avec Jacques Perrin, Ludmilla Mickael, Pierre Santini, François Marthouret.

En 1848, après l'abdication de Louis-Philippe, au milieu d'un Paris en liesse, un homme se rend bride abattue à l'Hôtel de Ville, siège du gouvernement provisoire de la nouvelle République.
Cet homme, c'est Victor Schoelcher. Il arrive du Sénégal. C'est là-bas, au milieu de la brousse, qu'il a appris que la Monarchie de Juillet avait été renversée. Il revient en France, car il sait que le moment est historiquement unique, propice comme jamais à l'aboutissement du combat acharné qu'il mène depuis vingt ans : l'abolition de l'esclavage sur tous les territoires français. Après 3 000 km de course, à pied, en bateau, en calèche et à cheval, il fait enfin face à Louis Arago, le nouveau ministre des Colonies.

En présence de l'équipe du film

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